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Le Blog sur Demande

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Le Blog sur Demande
14 novembre 2012

Souvenirs de danse classique...

danseuse

Quand j'étais petite, j'ai fait six ans de danse classique.

Six ans, ce n'est pas énorme non plus, surtout que ça a été entre mes 7 et mes 13 ans. Autrement dit, ça fait plus de 10 ans que je n'en ai pas fait.

Depuis quelques mois, j'y repense. Ca me vient par vagues presque agressives. Je me souviens qu'à l'époque, c'était une véritable passion. Je faisais 3 heures de danse par semaine. Je répétais sans arrêt mes chorégraphies. Je m'entraînais. Je lisais des livres sur la danse, je regardais des ballets à la télévision. Ma grand-mère maternelle m'a offert un petit cadre avec une danseuse en dentelle - un objet certes un peu kitsch, mais que je garde précieusement en son souvenir. Ma grand-mère paternelle, quant à elle, m'avait emmené voir Billy Elliot au cinéma. C'est le dernier film que nous avons vu ensemble, et je me souviens qu'elle perdait déjà un peu la tête.

Ces six années de danse, je les ai faites en conservatoire, celui des Halles, dans le centre de Paris. Les cours étaient exigeants, mais les profs, la plupart du temps, adorables. Nous avions chaque année un spectacle que nous donnions devant plusieurs centaines de personnes (avec d'autres groupes de danse bien sûr), et un examen final où nous étions jugées (je mets un -e car je n'ai jamais eu la chance d'avoir un garçon dans un de mes cours) par trois jurés revêches qui décidaient si nous pouvions passer à l'année supérieure au conservatoire, ou pas.

La première ou la deuxième année, je ne me souviens plus exactement, les jurés s'étaient adressées à une de mes copines, une petite blonde qui aimait la danse mais qui était un peu grassouillette. Je me rappelle de leurs mots. Ils lui avaient demandé "si une copine t'invite à un anniversaire tel jour, est-ce que tu sècherais le cours de danse pour y aller?". Je me souviens de la confusion de la petite, qui avait fini par répondre que oui. Ce à quoi les trois jurés s'étaient regardés avec l'air de dire "je le savais". Ils lui avaient ensuite dit: "c'est que tu n'es pas faite pour la danse classique, ma petite. Sinon tu n'aurais jamais envie de rater un cours." Elle avait été recalée. Je ne l'ai pas revue ensuite. Je me souviens que ma mère m'a alors dit "ça, c'est parce qu'ils la trouvent trop grosse". Ma mère n'était pas très contente. Moi, j'ignorais que je subirais presque le même sort, quelques années plus tard.

De tous mes professeurs de danse, l'un d'entre eux m'a particulièrement marquée. Je l'ai eu deux années de suite, et c'était un homme extrêmement gentil et prévenant. Ce sont, et de très loin, mes meilleures années de danse de toute ma vie. Il se trouve que ce monsieur - mais à l'époque je m'en fichais bien - n'était pas n'importe qui. Il s'agissait de M. Norodom Sihamoni, devenu depuis roi du Cambodge. Je vous mets ici son histoire:

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/asie/sihamoni-roi-khmer-par-devoir_854627.html 

Ces deux années-là, je m'étais faite des copines que j'adorais, dont une, Pauline, qui est ensuite rentrée à l'école de danse des petits rats de l'Opéra. J'ignore si elle est allée jusqu'au bout, je l'ai cherchée sur Facebook et sur Internet, mais je ne l'ai jamais retrouvé. Je me souviens qu'elle m'avait invitée chez elle un jour, à son anniversaire. Elle n'avait voulu manger qu'un tout petit bout de gâteau, parce qu'on lui avait dit qu'elle devait maigrir pour être danseuse étoile plus tard. Je me souviens que ses omoplates saillaient alors déjà de son dos.

Malgré les mauvais côtés de la danse classique en conservatoire - vous l'aurez compris, le culte de la maigreur et la compétition - j'ai passé vraiment d'excellents moments. J'adorais les exercices à la barre, j'adorais les chorégraphies au centre de la salle. Le pianiste. Les "ordres" du prof, exactement comme dans Billy Elliot. "Et on tient... et on tient...". Le mien, c'était toujours le même "baisse les épaules, Hélène!". Pour d'autres c'était "rentre les fesses!" "rentre le ventre!" J'aimais la rigueur des positions, la souplesse et le maintien qu'elles exigeaient. Ma figure préférée, c'était l'arabesque.

Et que dire de l'année où nous avons enfin été autorisées à chausser des pointes? Je m'en souviens tellement. Aller acheter ces gros chaussons impressionnants chez Repetto. Les "casser" avant de les mettre. Les enduire de talc (était-ce du talc ces bacs blancs à l'entrée des salles? je ne me souviens plus). Nouer les rubans de satin autour des mollets. Et puis, grimper sur pointes, et sentir qu'on tient, qu'on a le bon équilibre.

Bon, le bon équilibre, je ne l'avais pas tout le temps, hein. Personnellement, ma bête noire, c'était les pirouettes. L'horreur. Je n'arrêtais pas de tomber ou de mal me réceptionner. Et quand on essayait 10, 15, 20 pirouettes sur pointes, qu'est-ce qu'on avait mal aux pieds à la fin pour le coup!

Il n'empêche, ça avait quelque chose de magique.

Et puis, il y a eu la dernière année. Cette année-là, tout allait de travers. J'étais la seule du cours à avoir désormais la silhouette d'une adolescente. Je me suis mise à haïr ma prof quand elle m'a crié en plein cours: "penche-toi plus en arrière, Hélène, les nichons vont pas ressortir!". La première année où quand je me regardais dans l'immense miroir de la salle, j'avais l'impression d'être une baleine -impression qui depuis ne m'a jamais quittée, et chaque fois que j'ai un cours de danse devant un miroir, que ce soit du bollywood, de la zumba, de la danse de salon, du dancehall, je fuis à tout prix l'image de mon propre corps.

Et puis, le premier examen qui s'est mal passé. Moi, je n'ai pas eu le droit à la question "sècherais-tu un cours pour aller à l'anniversaire d'une copine?". Je devais être trop âgée pour ça. Moi j'ai eu le droit à : "bon, ta prestation mérite un 16. Mais tu es trop grosse pour faire de la danse classique, alors on te met 12. C'est pour t'encourager à perdre du poids." Je ne sais plus si c'est exactement ce qui s'est dit, ni si ce sont exactement ces notes-là. Les souvenirs s'estompent - même les mauvais. Il n'empêche, je me souviens très bien de la teneur du message.

Je suis rentrée et j'ai dit à ma mère que je ne me réinscrirais pas à la danse classique l'année d'après. Elle n'a pas protesté.

Désormais, j'ai donc essayé bien des danses différentes. Toutes m'ont plu - j'adore danser, de toute façon. Mais depuis quelques mois, l'envie de retourner aux origines me taraude. L'envie de faire des pliés et des ronds-de-jambe à la barre. L'envie de retrouver ce maintien du corps, cet affinement des muscles, cet équilibre. L'envie de refaire des pointes, aussi.

On verra bien. L'angoisse de mon dernier examen, surtout avec les années qui sont passées et les kilos qui se sont accumulés, ce n'est pas un mince obstacle. Ce n'est pas fait pour les grosses, la danse classique.

Et vous M. Norodom, est-ce que vous dansez encore?

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17 octobre 2012

Fifty Shades of Grey

Fifty_shades_of_grey

En ce jour de sortie française du premier tome de la trilogie mondialement best-seller Fifty Shades of Grey, on voit déjà poindre partout critique négative sur critique négative.

Personnellement, je suis en train de lire la trilogie en anglais. J’ai terminé le premier tome et un peu avancé le deuxième.

Loin de moi l’idée de faire une défense formelle de ce livre. Mais les gens qui prônent le « tous ces gens qui ont aimé ce livre sont des cons, moi je vois bien comme il est nul » me saoulent tout autant que les gens qui disent « tout le monde aime ce livre, alors tu devrais le lire, tu vas forcément adorer ! ».

Pour moi il est juste question d’un livre qui est visiblement arrivé au bon moment. Évidemment, on peut le critiquer, maintenant il ne faut pas se voiler la face : qui s’imaginait que Fifty Shades of Grey était une superbe œuvre littéraire ? Il faut savoir aussi à quoi on s’attend quand on ouvre un livre. C’est un peu comme aller au cinéma : personnellement je peux voir un peu de tout tant que je suis dans le bon esprit. Si je vais voir ce que je sais déjà être un gros navet mais bien détendant, j’y vais avec comme idée d’éteindre mon cerveau et de prendre mon pied, et pas celle de décortiquer tout ce qui ne va pas dans le film, du personnage cliché à l’incohérence de scénario.

Prendre son pied, là est plutôt la vraie question que relève ce bouquin, je suppose. Il est censé s’agir d’un « mommy porn », expression ô combien élogieuse pour les femmes. En tant que jeune mère, je me sens particulièrement ravie. Si le phénomène était inversé, et qu’il s’était agi d’un livre qui aurait soulevé les foules masculines, aurait-on parlé de « daddy porn » ? Ah non, bien sûr, on n’aurait même pas fait d’étude statistique pour savoir si le lectorat masculin était essentiellement composé de célibataires ou de pères. Notre monde machiste ne bande peut-être pas en lisant Fifty Shades, par contre enfermer les femmes dans le cliché éculé de « la mère qui ne prend plus son pied au lit depuis qu’elle a un môme et qui cherche à s’évader sexuellement à travers ses lectures », ça, ça a l’air de les exciter. Bref.

Quant à ceux qui cherchaient dans cette trilogie une histoire de cul SM particulièrement bien menée, je comprends leur déception, parce que Fifty Shades n’est pas un livre SM, et même pas vraiment un livre de cul en réalité. Je ne crois pas qu’il s’adresse au public connaisseur de ce type de littérature bien spécifique. Il s’agit avant tout d’une histoire d’amour effectivement peu originale et plutôt à l’eau de rose, enrichie par de longues scènes de cul parce que, soyons honnêtes, il ne resterait pas grand-chose de ce livre au final sans cela.

Si j’aime ma lecture ? On pourrait croire que non, à lire les paragraphes précédents. En réalité, si. Ça ne me déplaît pas de me prendre au jeu de la fille qui tombe amoureuse du beau mec riche et qui a son côté sombre. C’était ce que j’attendais de ce livre, et c’est ce qu’il me sert. Je le trouve plutôt efficace, même si je regrette effectivement le nombre de répétitions (les « oh my » incessants de la narratrice…) et le côté poussif de la suite de scènes de cul. Malgré tout, je le lis vite et avec une certaine curiosité. Je suis aussi plutôt agréablement surprise par le personnage d’Anastasia. Après une Bella, je ne peux qu’apprécier de la voir se rebeller de plus en plus (car oui, elle se rebelle, même si elle est très nunuche on ne peut pas lui retirer ça) : elle n’accepte pas tout et n’importe quoi juste pour garder son mec, et c’est quelque chose qui contrebalance le côté un peu glauque qui transparaît parfois.

Bref, à mes yeux il ne s’agit ni plus ni moins d’une histoire d’amour mignonne abondamment servie en scènes de cul explicites, avec des personnages très clichés mais qui peuvent fonctionner si on a envie de se prendre au jeu.

Finalement, pour détourner une des expressions favorites de Christian Grey, on pourrait parler de « vanilla book », tout simplement.

14 octobre 2012

Chacun son truc.

Les meilleurs souvenirs que je conserve de mes études, et qui sont si vivaces qu’ils me font parfois regretter cette époque, ce sont les cours de français.

Je ne parle pas évidemment de ces cours du primaire et du collège, où s’enchaînaient dictées et cours de grammaire (quoique, il y avait aussi la lecture au primaire et les rédactions au collège, et ça ce sont d’excellents souvenirs aussi). Je parle principalement, bien sûr, des explications de texte, des dissertations, de la découverte des grands auteurs et de la réflexion sur leur œuvre.

Lorsque j’ai terminé mon année d’hypokhâgne, j’ai obtenu mon passage en khâgne. Malheureusement, j’avais trouvé mon année très mauvaise. L’objectif du concours, l’ambiance désastreuse entre les élèves prêts à se bouffer tout cru pour gagner des places, et puis les cours que je n’aimais pas : l’allemand, le latin, la géographie. Autant de choses qui m’ont confortée dans mon choix de laisser là les grandes aspirations et de me diriger vers la fac, et si possible vers un cursus un peu professionnalisant dans le monde du livre. Ce que j’ai fait, au final.

Comme tout le monde, il m’arrive de regretter. Évidemment, je sais que je n’aurais pas décroché une place en ENS. C’était bien d’obtenir le passage en khâgne alors que je venais d’un Bac S en plus, mais j’étais loin d’être dans la meilleure hypokhâgne, et loin d’être la première de ma classe. Mais il m’arrive de repenser avec une certaine émotion à mes deux cours préférés, le français et la philosophie.

Il m’arrive surtout de regretter cette fébrilité lorsque l’on découvre le sujet de la dissert du devoir sur table ou de la prochaine colle (mon meilleur souvenir de colle de philo : « le parricide ». Pour les sujets de français, il faudrait que je vous ressorte mes cours, mais souvent lorsque le prof nous lisait la citation que nous devions commenter, il y avait des éclats de rire nerveux dans la salle tant cela semblait incompréhensible au premier abord). Cette fébrilité du « je n’y arriverai jamais », « ah tiens je pourrais parler de ça », « eh, en fait, je sais plein de choses », « merde faut les organiser correctement », « je n’ai pas envie de passer six heures à écrire » (car oui les devoirs sur table en prépa littéraire, en français, duraient 5 ou 6 heures), « maman je veux rentrer chez moi et m’enfouir sous ma couette en pleurant », « allez, commençons par le commencement et prenons le problème petit bout par petit bout : tout d’abord, un plan. »

Finalement, quand j’y réfléchis, cette fébrilité ressemblait beaucoup à celle que je ressens lorsque j’ai une idée de début de roman, mais pas la suite, et que j’essaie de construire un scénario cohérent (ce qui est toujours pour moi l’étape la plus difficile, je suis tellement tentée de ne pas faire de scénario et de me jeter dans l’écriture tout de suite, mais je sais très bien ce que ça donne au final : un blocage à la première difficulté rencontrée, et l’abandon du roman en cours).

Les explications de texte me manquent beaucoup aussi, parce que, désormais livrée à moi-même dans le milieu de la lecture, je trouve ça difficile d’accomplir la démarche soi-même : prendre un classique (pour moi, la poésie de toute époque ou le roman du XIXe siècle restant mon classique de prédilection) et le lire en allant au-delà des apparences.

Si je n’avais pas eu ce cours de poésie sur Guillaume Apollinaire à la fac, il ne serait jamais devenu mon poète préféré.

J’ai parfois l’impression de passer à côté de certaines choses, de certaines œuvres qui, je le sais pourtant, seraient capables de me bouleverser. Bien sûr, certains classiques sont très abordables sans explication de texte, je pense à Zola, et à Alexandre Dumas (qui, à vrai dire, n’est malheureusement jamais réellement considéré comme un auteur classique). Mais Les Misérables, j’ai honte de le dire, ça fait cinq fois que je le recommence, et cinq fois que je l’arrête en cours de route. Idem pour le premier tome de À la recherche du temps perdu, et pourtant j’éprouve une véritable vénération pour la prose de Proust. Les poèmes de Mallarmé que je n’ai pas étudiés me semblent souvent trop obscurs pour être appréciés. Et les exemples sont nombreux.

À l’époque de mes études, j’éprouvais une véritable fascination pour les mots, au-delà des histoires qu’ils permettent de véhiculer, et pour la figure de l’écrivain, complexe et protéiforme. La plume de Flaubert reste l’une de mes préférées. Imaginer la vie des poètes maudits tels que Baudelaire ou Rimbaud a souvent été une de mes occupations favorites. Même la représentation kitchissime de l’écrivain féminin dans Les Quatre filles du docteur March me faisait rêver, à l’époque. Un plaisir que j’ai retrouvé intact lorsque j’ai vu dernièrement le film Jane, sur la vie de Jane Austen.

Concilier ma passion pour les mondes de l’imaginaire, et celle que je ressens pour la littérature classique et les mots en général, ce n’est pas toujours évident. J’ai parfois l’impression d’être deux entités totalement différentes : la fille qui dévore de la SF, de la fantasy, du fantastique, du young adult, la plupart du temps anglo-saxons, et avec toujours plus de plaisir, et la fille qui soupire parfois après la recherche littéraire plus poussée, plus classique. Mais nous sommes tous ainsi, des gens qui n’aiment pas, qui ne peuvent pas entrer dans une seule case.

Il est pourtant une case qui, comme je vous l’ai dit, me fait de l’œil depuis toujours : la case de l’écrivain, et peu importe à quelle réalité elle devra se plier pour que je tienne à l’intérieur.

Je me remémore souvent ce passage à la fin du film L’Auberge espagnole. Lorsque Xavier s’enfuit en courant de son entreprise, et qu’il se rappelle de lui petit disant « moi je veux écrire des livres ». Et qu’il dit simplement « celui-là, je ne veux pas le décevoir ».

Aucun de nous ne voudrait décevoir l’enfant qu’il était. Et pourtant, chacun de nous sait combien la vie nous change et combien nous pouvons, combien nous avons le droit de changer et d’évoluer, dans un sens ou dans l’autre.

Mais peut-être reste-t-il en chacun de nous des rêves immuables. Des choses qui ont tissé une partie de nous, en profondeur. Des choses qui ont évolué d’une certaine façon, mais qui sont restées en réalité à peu près les mêmes.

Des choses qui ne seront rien d’autre que des regrets si l’on ne fait rien pour leur donner réalité.

8 août 2012

Teaser: le début de la nouvelle version des Ailes froissées...

Chapitre 1

 

Ils ont fouetté Joaquim aujourd’hui.

J’ai compté les coups. Silencieusement, en bougeant légèrement les lèvres. À côté de moi, Calypso serrait le poing de façon convulsive. Dans les veines de ma sœur coule un sang bien différent du mien.

Elle est toute en acier, en passion et en flammes, tandis je me laisse balloter par le vent comme une plume de Vautour.

J’ai seize ans, et je ne crois pas que la vie ait beaucoup à m’apporter. Depuis ma naissance derrière les murs du camp d’Expiation, ce ghetto où pourrissent les derniers êtres humains encore en vie, je traverse les années sans me sentir vraiment concerné.

Calypso, elle, prend tout à cœur. Depuis toujours. C’est elle qui m’a élevé lorsque nous sommes devenus orphelins. Elle a dû assurer, alors qu’elle n’avait que treize ans et moi quatre. Elle parle sans cesse de rébellion. D’armes, de lutte. Elle fait partie d’un petit groupe de « résistants ». Ça me ferait rire, si je n’avais pas peur qu’elle se fasse tuer pour ça. Mais les Vautours, s’ils sont au courant, ne doivent pas se sentir trop menacés.

On est rentrés sans prononcer un mot, sous la pluie battante. Un vrai signe du destin, toute cette flotte. Il ne pleut jamais chez nous, d’ordinaire. La peau de rousse de ma sœur est bien peu faite pour supporter le climat désertique dans lequel nous nous débattons.

À peine couché, je ne cesse de revoir la scène de torture à laquelle nous avons assisté. Dans notre quartier, l’Aile Ouest du camp, Joaquim est très apprécié. Il entretient devant sa cabane de tôle un petit bout de jardin où il fait pousser des plantes bien particulières : il arrive, je ne sais comment, à en extraire certains sucs qui peuvent soulager de petites plaies ou des piqûres d’insectes.

Je ne sais même pas pourquoi il a été fouetté. Je n’ai pas écouté le discours préliminaire du Vautour. Je le revois encore, celui-là, particulièrement grand et bien fait, même pour quelqu’un de sa race. Les muscles développés de ses bras, ses traits durs, ses boucles de cheveux sombres, et ses immenses ailes à peine ourlées de gris. Un jeune, très certainement. Je le revois abattre son fouet sur le dos dénudé de Joaquim, et les chairs s’ouvrir sous la force des coups.

Joaquim aura bien besoin de ses propres décoctions, dans les prochains jours.

2 juillet 2012

Comme une nouvelle lubie...

J’ai une nouvelle lubie.

MARTIN+D41

Au départ, j’ai pensé que c’était un caprice.

En effet, je n’ai rien, mais rien d’une musicienne. Jugez plutôt :

1) Mes goûts musicaux sont… fort peu élaborés va-t-on dire (je suis capable d’écouter et d’apprécier pratiquement tout et n’importe quoi, ça peut aller de Linkin Park/Luca Turilli à… Rihanna, en passant par de la variété française à la Goldman ou Cabrel, ou de la pop anglo-saxonne à la Katy Perry, Lily Allen, et même Lady Gaga)

2) Je pense que je suis dénuée d’oreille. Je chante faux, et je ne suis pas certaine d’être capable de reconnaître à l’oreille si une note sonne juste ou faux. Lorsque je faisais de la musique au collège, je n’étais pas mauvaise pour jouer mes morceaux de flûte à bec, mais alors reconnaître les différents instruments de musique d’un morceau par exemple, ça c’était l’horreur

3) A part les petits cours du collège, donc, je n’ai jamais fait de solfège ni approché d’un autre instrument de musique (bon à part peut-être un peu de curiosité pour le piano mais ça n’a jamais été mon instrument préféré).

Voilà…

 

Sauf que… ben c’est un caprice qui commence à faire son chemin, étant donné que j’y pense depuis des semaines désormais, voire pratiquement des mois.

 

J’essaie de me raisonner. Apprendre à jouer d’un instrument, je le sais, c’est énormément de travail et de pratique. Mon emploi du temps va déjà être de nouveau totalement surbooké quand je vais finir mon congé maternité, entre le boulot et le bébé. Sans parler de l’écriture, pour laquelle j’aimerais trouver une fenêtre de temps malgré tout. Où vais-je caser l’apprentissage de la guitare là-dedans ? Est-ce que ce sera au détriment de l’écriture ?

Ou pire, est-ce que je ferai un peu de tout au détriment de tout ? C’est-à-dire m’essayer un petit peu à la guitare sans arriver à grand-chose, et écrire un peu sans résultat ?

Bref, toujours commencer sans rien finir, toujours me lancer sans me donner à fond, comme presque toutes mes passions/activités de loisir depuis toujours ?

 

Et puis, est-ce que l’oreille, ça s’apprend ? Ou y a-t-il des cas musicaux désespérés comme je pourrais très bien l’être ?

 

Voilà les réflexions du jour, à 5 jours de mon départ pour 3 semaines de vacances…

 

Et vous, vous jouez d’un instrument ? Vous avez déjà eu envie de faire de la musique ? Vous pensez qu’il faut un don ou au moins une oreille, ou que sinon ça ne sert à rien de se lancer ? Vous pensez qu’on arrive toujours à dégager du temps pour ses passions, ou que si on ne leur accorde pas assez de temps c’est peut-être parce qu’au fond on n’est pas si passionnés que ça ? :(

 

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31 mai 2012

Comme un petit coup de blues...

Aujourd’hui, j’ai le moral au fond des chaussettes que je ne porte pas (il fait trop chaud).

J’ai eu la mauvaise idée de penser un peu à tous ces projets que j’ai abandonnés dans ma vie sans les avoir achevés, ou sans les avoir travaillés de manière satisfaisante.

J’ai pensé à mon premier roman, Caspin (j’ai choisi ce nom j’avais sept ans, ne vous moquez pas). Celui-là, je l’ai terminé. Mais j’ai fait une suite, L’Or des peuples, que j’ai terminée aussi, et enfin le Grand Combat, beaucoup plus abouti, beaucoup plus complexe. Que je n’ai jamais fini.

J’ai pensé à mes autres débuts de roman qui ont couru sur mon adolescence, si nombreux que régulièrement je me dis « ah oui c’est vrai j’avais voulu écrire ça aussi ! ».

J’ai pensé à Mille Saisons, la maison d’édition qui s’appelait Cinquième Saison quand j’ai participé un peu à son aventure. Un peu, mais si peu. Je n’ai pas assez donné de ma personne.

J’ai pensé à Traversées Oniriques, le projet que nous avions monté en famille avec mes frères et ma mère, où nous proposions des concours de nouvelles. Où nous avons reçu des textes excellents. Projet dans lequel nous ne nous sommes clairement pas investis de manière suffisamment sérieuse.

J’ai pensé à Cocyclics. Des gens tellement, tellement géniaux. Encourageants, motivants, doués, sociables. Que de bons moments passés sur le forum et dans la vraie vie, que de belles rencontres. Et pourtant, cette incapacité à être assez présente sur le forum. Cette incapacité à me donner à fond dans ce collectif, à bêta-lire davantage, à participer aux projets proposés.

J’ai pensé à tous ces livres non lus qui s’entassent sur les étagères de ma bibliothèque. Tous ces livres à lire.

J’ai pensé à mon blog, ce blog, que j’entretiens un peu mais bien trop peu quand même. Je pourrais faire tellement plus, chroniquer bien davantage, donner des avis plus intéressants.

J’ai pensé aux Ailes froissées, enfin. Je pense à ce projet depuis que je me suis inscrite sur Cocyclics. Je l’ai inscrit au challenge « un premier jet en un an » sur l’année 2011. Je l’ai inscrit au NaNoWriMo d’octobre 2011. Rien à faire, j’ai commencé l’année 2012 avec seulement 100 000 signes dans les poches. Je l’ai de nouveau inscrit au challenge de l’année 2012. J’ai rêvé en lisant le concours Gallimard Jeunesse, pour lequel il faudrait terminer ce roman pour fin août. Pourquoi ai-je la désagréable impression que je ne terminerai pas à temps ? Ni pour le concours, ni même pour le challenge ? L’impression que je reviendrai début 2013 « youpi allez je me lance c’est pour cette année cette fois ! ». Comment fais-je pour avoir autant d’optimiste à chaque fois alors que je ne termine rien ?

Que je ne termine rien parce que je ne m’en donne pas les moyens ?

Ca ressemble aux bonnes résolutions qu’on prend toujours et qu’on ne tient jamais. A ces régimes dans lesquels on se lance et au bout desquels on ne va jamais.

Et pourtant, n’y avait-il pas quelque chose ? Quelque chose quand, si jeune, j’écrivais sur tout et n’importe quoi, y compris les serviettes en papier des restaurants ? Quelque chose quand je lisais les nouvelles des participants de Traversées Oniriques ?

N’y a-t-il pas toujours quelque chose, à chaque mail échangé avec une grenouille, à chaque passage sur le forum Cocyclics ? À chaque livre lu, cette envie « et pourquoi pas moi ? pourquoi pas mon histoire ? ». 

À chaque nouvelle séance d’écriture, cette immersion incroyable dans son univers, les doigts qui s’agitent sur le clavier, les personnages qui n’en font qu’à leur tête, le scénario qui se tord et se défait pour se reconstruire sans cesse ?

Rien qu’à parler de tout ça, je sens renaître l’espoir… L’envie d’y croire de nouveau. « Cette fois, j’y arriverai. Je tiendrai les délais. »

Je regarde beaucoup les films L’Auberge espagnole et Les Poupées russes. Parce que ce que j’aime dedans, c’est la volonté du personnage principal, joué par Romain Duris, à aller dans la direction de son rêve finalement. J’adore la fin du premier film, lorsqu’il tient fermement la photo de lui enfant (« moi je veux écrire des livres ») et qu’il dit « lui… lui, je veux pas le décevoir ».

 

J’aimerais croire qu’un jour, je pourrai me retourner, regarder le chemin parcouru, et ne pas me sentir déçue.

Un jour…

30 mai 2012

Les Ailes froissées

paradis-perdu

 

Depuis quelques années, j'adore les histoires qui tournent autour des anges et de la mythologie qui se cache derrière. Bon, toutes les oeuvres modernes qui touchent de près ou de loin à ces êtres ailés ne me passionnent pas (pour le moment je suis assez déçue par les livres young adult qui parlent d'anges par exemple), mais s'il y en a une à laquelle j'ai pleinement adhéré, c'est la série de BDs Paradis Perdu, scénarisée par Ange. Je pense lui dédier un jour un article complet, pour vous parler du dessin (j'adore tout particulièrement le travail de Varanda sur le tome 1, mais le trait de Cossu m'a aussi beaucoup séduite), de l'ambiance qui m'a totalement fascinée, des décors, de l'onirisme que cette BD dégage... Il y a beaucoup à dire!

 

C'est donc tout naturellement que j'ai eu envie d'écrire une histoire sur le sujet, et c'est comme ça que m'est venue, petit à petit, l'idée de mon roman les Ailes froissées, dont je parle souvent un peu ici sans jamais en dévoiler beaucoup.

Du coup j'ai eu envie de vous mettre ici un début de petit résumé ainsi qu'un extrait, pour donner à ceux qui le souhaitent une idée de ce à quoi ça ressemble...

Le petit résumé:

 

Adriel a 17 ans et vit dans un camp d’Expiation.

14 ans auparavant, dans un futur proche par rapport à notre époque, l’armée angélique a débarqué sur Terre et a exterminé l’espère humaine au nom de l’Apocalypse judéo-chrétienne. Cependant, des enfants et des adolescents ont été gardés en vie et installés dans de petits camps afin d’Expier les péchés de leur peuple. Depuis le cataclysme, les anges ont élevé d’immenses cités-arcologies au milieu des étendues sauvages qui recouvrent désormais la Terre, et ont donc installé ces petits camps d’Expiation à côté, se servant des humains comme de serviteurs/esclaves. Adriel est agent d’entretien pour eux, et sa sœur Calypso, de 10 ans son aînée, est femme de ménage.

Ceux qui n’étaient que de très jeunes enfants au moment de l’Apocalypse, comme Adriel et ses amis de son âge, se sont bien habitués à leur nouvelle vie. Mais ceux qui étaient déjà des adolescents à l’époque, comme Calypso, ont de fortes envies de rébellion contre ceux qu’ils surnomment les Vautours… Pour Adriel la vie est plutôt tranquille. Bien sûr, la vie au camp n’est pas idyllique et il travaille déjà 6 jours sur 7 pour les Vautours. Il a aussi entendu parler de ce qu’on appelle les disparitions, mais il y en a eu moins d’une vingtaine en 14 ans de vie du camp, et elles n’ont touché que des gens qu’il ne connaissait pas. Jusqu’au jour où c’est sa propre sœur, Calypso, qui disparaît du jour au lendemain. Tout semble dénoncer d’étranges raids des Vautours, qui viendraient enlever un humain de temps en temps, sans qu’on puisse établir le moindre lien entre les victimes.

Au même moment, un avis est placardé dans le camp d’Expiation : les anges recherchent un volontaire humain pour les aider à infiltrer des poches d’humains survivants qui se terreraient dans les étendues sauvages… Incapable de continuer à vivre tranquillement sans savoir ce qui est arrivé à sa sœur, Adriel y voit une occasion de sortir du camp et n’hésite pas à se porter volontaire, malgré l’image de « collabo » qui lui colle immédiatement à la peu… Qu’est-ce que les anges attendent vraiment de lui ? Y a –t-il vraiment des résistants humains en-dehors des camps ? Qu’est devenue Calypso ? Quel but les anges poursuivent-ils en gardant en vie des humains dans leurs camps d’Expiation ? Et en en enlevant certains, une fois de temps en temps, comme par jeu ? Autant de questions auxquelles Adriel, en plein dans la gueule du loup, va vite se trouver confronté…

 

Bon, étant donné que je suis en pleine refonte du scénario, il y a des chances pour que certaines choses changent, mais c'est quand même la trame globale qui devrait rester la même.

Alors, qu'est-ce que vous en pensez? Ca vous tente a priori comme histoire?

 

Je vous poste ici un petit extrait (c'est un tout premier jet non retravaillé, je préfère préciser). Bonne lecture, et n'hésitez pas à faire un petit commentaire (toutes les critiques, même les plus acerbes, sont acceptées!!) si vous avez le temps!

 

Ce jour-là, on m’exposa comment se déroulaient les journées de l’équipe, et de toutes les unités militaires angéliques. Le sport en constituait la majeure partie : fitness, musculation, parcours de santé et pratiques de combat à mains nues occupaient principalement leur temps. Je ne fis tout d’abord qu’assister aux différents exercices, et mes coéquipiers oublièrent rapidement ma présence pour se laisser aller à leur quotidien.

L’ambiance, sérieuse au départ, devint peu à peu bon enfant. Je vis l’un des jumeaux s’amuser à imiter un combat de boxe avec Astarté. Lorsque sans faire exprès il lui donna un vrai petit coup sur la clavicule, elle s’écroula au sol, et éclata de rire lorsqu’il se pencha sur elle, aussitôt inquiet. Des plumes blanches s’échappaient de temps à autres de leurs ailes et voletaient au soleil.

L’entraînement se déroulait dans une grande cour à l’air libre, baignée de soleil mais aussi caressée par un vent frais qui soufflait entre les obstacles et l’équipement sportif. Pour le moment, nous n’avions encore croisé aucun autre militaire que ceux de mon équipe, et cela m’allait totalement. Je n’étais pas venu chercher la confrontation, mais ces gens représentaient l’ennemi numéro 1 de mon espèce. Pendant qu’ils se battaient en riant, presque comme des enfants, j’essayais de mettre en adéquation ces images presque idylliques avec celles, cauchemardesques, de l’Apocalypse, qui hantaient mes nuits.

La guerre pouvait-elle être à la fois une chose si sérieuse et si… facile ? Pour ceux qui l’avaient gagnée, c’était visiblement le cas. Ceux qui avaient aboli notre civilisation et dressé leurs cités sur les ruines encore fumantes des nôtres semblaient avoir été prompts à oublier les conséquences du conflit. Les humains survivants libres, terrés dans leurs poches de résistance et qu’ils étaient censés continuer à traquer. Les humains survivants maintenus en captivité comme des animaux, dont je faisais partie, et qui pour eux ne représentaient sûrement rien de plus qu’une main d’œuvre appréciable et gratuite. Lorsque je venais effectuer mon petit travail d’homme d’entretien, il y avait de cela une éternité déjà à mes yeux, je sentais confusément que je n’étais pour la majorité d’entre eux qu’un élément de décor, au même titre que le paillasson bien pratique pour s’essuyer ses chaussures sales avant de rentrer chez soi. J’avais de temps à autre rencontré la haine dans certains regards, mais ça avait été une chose assez rare.

À présent que je côtoyais ceux qui se donnaient encore pour mission de réduire à néant l’humanité, j’avais encore une fois l’impression, une fois leur surprise passée, de n’être effectivement qu’un élément de décor. La bête de foire qui est là on ne sait trop pourquoi, qu’on toise le premier jour puis qu’on laisse dans son coin ensuite, misérable et tellement inoffensive.

À quoi m’étais-je attendu ? À que tout cela ne soit qu’un piège ? À ce qu’on me saute dessus dès mon arrivée dans le bâtiment militaire ? À ce que ce grand type, cet Uriah qui s’était tant illustré le jour de l’Apocalypse et qui posait ses grandes mains sur les hanches d’Astarté comme si elle lui appartenait, me témoigne davantage son hostilité, en me donnant un bon coup dans la figure par exemple ? À me battre, à tous les insulter, à leur cracher mon dégoût et à exiger qu’on me rende ma sœur ?

Finalement, peut-être étais-je venu pour la confrontation.

Au lieu de cela, je ne rencontrais que le mépris et l’indifférence qui, je m’en rendais désormais compte, m’avaient entouré toute ma courte vie. Les Vautours avaient gagné. Je l’avais toujours su, mais à présent j’en prenais pleinement conscience. Les humains survivants, libres ou pas, ne représentaient pour eux aucune menace. Ils n’étaient même pas suffisants pour entretenir la haine. Les Vautours avaient tout rasé, nous n’étions plus des adversaires mais des fourmis sous leurs bottes.

Peut-être l’avions-nous toujours été. Des fourmis.

Calypso me parlait souvent, surtout quand j’étais petit, de la grandeur de notre civilisation passée. De la taille de nos villes, de nos infrastructures, de l’organisation de nos sociétés. Des relations entre les états, de la complexité des rapports humains. Le monde grouillait de vie à cette époque. Cela n’avait, à ses yeux, rien à voir avec ces immenses arcologies qui se dressaient au milieu des étendues désertes et des ruines.

Voilà comment se passèrent mes premières journées au milieu de mes nouveaux coéquipiers. Je les regardais s’entraîner, mélancolique et incapable de construire un plan ou une véritable réflexion sur l’avenir, notre avenir à Calypso et moi, et notre avenir à nous tous, les derniers humains survivants d’une espèce qu’on avait décimée comme on dératise une maison avant de s’y installer.

Ma vie n’avait plus de sens.

Les heures s’égrainaient et je restais assis au soleil, la nuque brûlée, tournant entre mes doigts une plume blanche et duveteuse qui avait voleté jusqu’à moi sans que je sache de quelle paire d’ailes elle s’était détachée.

14 mai 2012

Découverte de Stephen King

Je n’ai lu du Stephen King que tout récemment.

Déjà, parce que ce n’est pas vraiment mon genre de livres : je lis du fantastique, mais jamais pour me faire peur. Car voilà la seconde raison : étant déjà une grande malade, traumatisée par quelques films qui ont désormais la mainmise sur mes cauchemars, je n’avais pas particulièrement envie d’y ajouter les images nées de lectures angoissantes.

 

Mais lorsque j’ai relu sa biographie/essai avec ses conseils d’écriture, cela m’a donné envie d’aller jeter un coup d’œil à son œuvre, tout de même. Et c’est ainsi que je me suis retrouvée à dévorer Shining à la maternité, en marchant de long en large dans ma chambre pour déclencher les contractions qui tardaient à venir après la rupture de la poche des eaux (véridique !).

Mais commençons par le commencement.

Carrie

Comme l’auteur lui-même parlait de Carrie dans sa biographie comme étant un peu son premier livre publié, sa première réussite, j’ai souhaité commencer par celui-là (je n’ai pas vu le film).

Et j’ai été, en réalité, globalement assez déçue.

J’ai trouvé la trame du livre un peu brouillonne si je puis dire, avec ces extraits de faux journaux qui le parsèment, et l’intrigue extrêmement linéaire.

Néanmoins, je l’ai lu d’une traite car il est assez accrocheur, et ce qui m’a attiré l’œil réellement, c’est le traitement des personnages. Je les ai trouvés très bien dépeints, très…réels, en fin de compte. Pourtant représentatifs d’une vieille Amérique profonde qui ne m’est pas familière, voire extrêmes au point de paraître un peu caricaturaux (la mère de Carrie…), j’ai senti qu’il y avait quelque chose, dans la façon de l’auteur de me les présenter, qui me fascinait.

Si je puis faire une comparaison (je ne sais pas pourquoi je fais se rejoindre ces deux œuvres dans ma tête) : c’est tout à fait personnel, mais je n’aime pas du tout le film Virgin Suicides de Sofia Coppola. Et bien pour moi, Stephen King a réussi, dans son livre, ce que la réalisatrice a raté dans son film, c’est-à-dire me rendre ses personnages crédibles et compréhensibles dans leurs réactions.

misery

Du coup je me suis dit que je devais lire autre chose de lui, et je suis passée à Misery. Là, pour le coup, j’ai été aussitôt séduite, et jusqu’au bout. Les personnages m’ont de nouveau saisie, et de manière bien plus forte que pour Carrie, des scènes m’ont surprise et choquée (je ne m’attendais pas à ce que ça aille si loin, c’est une véritable montée de violence à des moments où on ne s’y attendait pas forcément), le tout m’a semblé bien construit…

L’imprévisibilité d’Annie donne toute la tension à cette histoire, et le caractère très attachant de l’auteur fait toute la crédibilité.

Un vrai coup de cœur, pour un livre qui se dévore littéralement.

Et puis est née en moi l’envie de me tourner vers Shining

couv-king-shining

Shining, je connaissais déjà, parce que j’avais vu le film de Kubrick. Mais aussi parce que quand j’étais petite, j’étais abonnée à Je Bouquine, et que dans ce magazine ils avaient présenté ce livre par le biais d’une petite bande-dessinée qui représentait le début. Et j’ai encore un souvenir très vif de ces images qui m’avaient fortement impressionnée.

Car Shining, c’est exactement le domaine d’angoisse qui me touche, celui des apparitions, des fantômes, des possessions, et de la folie. Tout ce qui me traumatise le plus !

Le film en lui-même ne m’avait pas trop angoissée car il est plus « graphique » qu’effrayant, en tout cas à mes yeux. Mais je me doutais que pour le livre ce serait une autre histoire… Et j’avais raison !

Ce livre est tout simplement… incroyable. Il dégage une atmosphère terriblement flippante, les images sont extrêmement fortes et saisissantes. Les scènes qui m’ont le plus marquée, pour ma part, sont les suivantes (n’allez pas plus loin si vous n’avez pas encore lu ce chef-d’œuvre et que vous avez envie de le lire plus tard) :

- celle où Danny est dans la chambre interdite, où il tourne le dos au cadavre de la vieille femme et où il se répète dans sa tête qu’elle ne peut pas lui faire de mal, et là… il sent les doigts de la vieille se poser sur son cou ;

- celle où toute la petite famille entend l’ascenseur monter et redescendre sans cesse, où ils vont voir, où le père dit que ce n’est rien, juste un problème de machinerie, et où la mère s’énerve, monte à l’intérieur et en retire plein d’accessoires de fête, chapeaux, confettis etc ;

- celle où la mère court dans un couloir à la fin, je ne sais plus si c’est pour échapper à son mari ou retrouver son fils, et où un homme ouvre la porte d’une chambre et lui jette quelque chose au visage (un verre de champagne je crois) pendant qu’elle passe

Pourquoi ces scènes sont-elles si saisissantes ? Parce qu’au départ, on croit que seul Danny voit des apparitions, comme le gamin dans Sixième sens qui est le seul à voir ses fantômes, et du coup on s’imagine que ces fantômes n’ont pas de prise sur la réalité. Or c’est tout faux, et ces scènes nous le démontrent brutalement : Danny fait vivre réellement ces fantômes, et on se rend compte que non seulement ces êtres peuvent être violents et tuer réellement, mais qu’en plus les autres personnages, dont la mère qui est pourtant si réaliste et qui a les pieds sur terre, assistent aussi à tout ça.

Du coup, c’est très violent je trouve ce choc entre les apparitions du passé et les personnages présents. Le lecteur est réellement choqué de voir à quel point le fantastique s’introduit dans le monde du présent, ce sont chaque fois des intrusions brutales et qui n’en sont que plus effrayantes.

La description de l’Overlook qui se réveille ainsi est vraiment fascinante et donne une atmosphère et une originalité toutes particulières à ce livre.

On y ajoute la psychologie complexe du père, le traitement du don de Danny qui, doué de télépathie, assiste au naufrage du mariage de ses parents, et on obtient, à mes yeux en tout cas, un livre qui est véritablement réussi.

Et tout à fait traumatisant pour la pauvre chose que je suis, évidemment. J’ai fait assez peu de cauchemars, mais je repense parfois à certaines scènes, tandis que j’allaite mon fils la nuit, seule avec lui dans sa chambre plongée dans la pénombre… et ça me fait bien flipper !

Devenir maman ne m’a pas rendue beaucoup plus adulte de ce point de vue-là… Ou alors certaines personnes comme moi ne perdent jamais totalement leurs cauchemars d’enfants.

 

En tout cas, Stephen King, je peux le dire désormais : c’est un grand, grand auteur.

Je me suis tournée vers autre chose après avoir dévoré à la suite ces trois livres (à la maternité on me demandait pourquoi je lisais quelque chose d’aussi horrible ! Shining posé sur la tablette roulante ne semblait pas coller avec l’image de la jeune maman fatiguée et accaparée par son beau petit bébé), mais je pense que j’y reviendrai.

 

Dans un prochain post, je viendrai vous parler de ce que je lis en ce moment : le Royaume de Tobin, de Lynn Flewelling, dont je retrouve la plume avec bonheur !

 

Et vous, est-ce que vous aimez Stephen King ? Avez-vous d’autres livres de lui à me proposer ?

 

5 mai 2012

Whouhouuuuu

Regarde ça cher lecteur, non mais regarde ça!! :

http://lisezjeunesse.canalblog.com/archives/2012/04/03/23925179.html

Tu y crois, toi??

 

Bon, soyons réaliste, il n'y a AUCUNE chance pour que j'aie terminé Les Ailes froissées le 31 août. Mais aucune. Surtout en l'ayant suffisamment relu et retravaillé pour le proposer à ce concours...

Mais ça fait rêver...

 

Et ça donne envie de s'y remettre!

J'ai été bien occupée récemment, vu que j'ai accouché le 6 avril dernier de mon fils Flavien, mais demain il aura un mois, il est temps que j'essaie de grapiller quelques demi-heures par-ci par-là pour mes passions... On va essayer en tout cas!

 

Rhaaaaa... Y a pas à dire, ça fait rêver...

En plus Timothée de Fombelle fait partie du jury, et j'ai adoré ses romans!

Rhaaaaa...

3 avril 2012

Moi, je vis chez les Bisounours :)

bisourose 

 

Je ne me sens ni de gauche, ni de droite.

 

Mais c’est moins une question d’opinion politique que de gêne vis-à-vis de l’endoctrinement et du jugement des uns et des autres sur le camp « ennemi ».

En effet, j’évolue dans des milieux différents et je connais et côtoie à la fois beaucoup de gens de droite, et beaucoup de gens de gauche.

 

Faiblesse de pensée ou incapacité à prendre position, toujours est-il que cette dualité a creusé chez moi un profond dégoût pour certaines phrases, entendues des deux côtés, par exemple :

- « ils sont cons les gens de gauche, ils s’imaginent qu’il y a assez d’argent dans les caisses de l’État pour leurs réformes, mais ils vont ruiner davantage le pays et on va tous faire faillite » (ça veut dire que tous ces gens qui votent à gauche, dont beaucoup d’intellectuels, ne comprennent rien à rien ?)

- « les connards/imbéciles qui ont voté Sarkozy » (merci, mais par cette phrase vous insultez plus de la moitié des gens qui se sont déplacés pour aller voter au second tour des dernières présidentielles, et rien que ça, sans aucun jugement politique, ça m’énerve)

- « maintenant, voter UMP c’est comme voter FN » (ah bon, alors soit on est de gauche soit on est un extrémiste fou, raciste et antisémite de préférence).

Etc. etc. j’ai des dizaines de dizaines d’exemples où j’ai chaque fois la joie de sentir certains de mes proches insultés.

 

Ce que je retire de cette expérience de fille qui a grandi et qui mûrit actuellement tiraillée entre ces deux « camps » ?

 

Que tout cela m’emmerde.

Que je sais très bien que :

- les gens qui votent à gauche ne sont pas des imbéciles idéalistes, sortes d’anciens hippies qui adhèrent à n’importe quel slogan un peu humaniste sans réfléchir aux conséquences qu’entraîne la mise en place d’une politique sociale et écologique ;

- les gens qui votent à droite ne sont pas des connards qui crachent sur les clodos dans la rue, foutent des coups de pied au cul des noirs et des arabes pour les faire partir de leur précieux pays et se baignent dans leurs piscines d’or en ricanant comme des Oncle Picsou (ou des nazis, au choix).

 

Je connais des gens qui votent à gauche et qui sont extrêmement racistes.

Je connais des gens qui votent à droite mais qui donnent énormément, que ce soit de l’argent à des associations, comme du temps de bénévolat au centre d’action sociale, par exemple.

 

Je suis désolée mais pour moi la vie est plus compliquée que ce clivage gauche-droite qui, je trouve, empire avec les années.

Pour ma part, je n’ai jamais aimé les extrêmes, donc extrême-gauche comme extrême-droite ne m’attirent absolument pas.

Mais que les deux « camps » principaux, gauche et droite disons « moyennes », se haïssent à ce point, et il me semble, de plus en plus, c’est quelque chose que je n’arrive pas à comprendre.

 

Il m’arrive de penser qu’on peut tirer du positif et du négatif de chacune de ces opinions. Parfois, j’imagine un gouvernement totalement mixte, où chaque « camp » occuperait une position stratégique. Mais comment pourrait-on avancer tous ensemble avec cette haine de l’autre qui, selon moi, caractérise n’importe quel débat politique, qu’il s’agisse de ces engueulades infectes et stériles à la télé entre futurs candidats comme des engueulades « privées » que nous vivons tous dans l’intimité de nos cercles restreints, lorsque la conversation « dérape » et que vous vous dites tout bas « et merde, on va parler politique » ?

 

« Et merde », parce que de toute façon chacun campe toujours sur ses positions, personne ne change d’avis ou ne cherche à construire un avis médian, un terrain d’entente, et la discussion de plus en plus houleuse n’aura servi à rien.

 

Un jour quelqu’un de très philosophe dans l’âme et dont j’admire souvent la manière de penser m’a dit « moi je crois que ce qui est bien, c’est d’alterner ; un coup la droite, un coup la gauche ». Cette dame fait donc sûrement partie de ce que beaucoup des gens de tous bords détestent, la personne qui change de vote, qui vote « un coup à gauche », « un coup à droite ». Pourtant, sa façon d’en parler ne me semblait pas si imbécile. Tout cela est très cyclique, quand on y pense.

 

Je ne m’y connais pas assez pour parler vraiment de politique.

Je l’avoue, je n’écoute que très peu ces débats, je lis les programmes mais je ne les comprends pas toujours, j’écoute beaucoup mais, étant très influençable, je me range souvent à l’avis du dernier qui vient de parler (si son avis reste modéré évidemment, comme je l’ai dit je n’ai aucune affection pour les points de vue extrêmes).

Je ne me considère pas assez cultivée sur beaucoup de sujets pour prendre de réelles décisions, et c’est toujours difficile pour moi d’aller voter en sachant que c’est mon devoir de citoyenne, et qu’en même temps c’est une responsabilité lourde et que je ne suis jamais sûre de mon choix.

 

Je crois que c’est ça qui me définit le mieux politiquement parlant : contrairement aux ¾ des gens qui m’entourent et qui ont des opinions si marquées et revendicatrices, moi, je ne suis jamais totalement sûre de mes choix.

Cela vient-il donc de ce sentiment que j’ai eu toute ma vie que la politique est quelque chose de violent, et que chaque fois que je côtoie quelqu’un qui s’exprime sur le sujet, il va insulter directement et copieusement un de mes proches ? Cela vient-il plutôt de ma faiblesse de caractère, de mon côté influençable, fragile ?

Est-ce un mal ou un bien, mon vote peut-il être « utile » dans ce cas ?

 

Je n’en sais rien et je ne cherche surtout pas à entraîner un débat politique ici.

Je trouve ça un peu risqué de ma part de mettre ce genre de billet sur mon blog, moi qui déteste autant la polémique, mais bon je n’ai pas pour habitude non plus de susciter trop de commentaires ;)

 

Bonne journée à tous ! Et vive le pays des Bisounours, si vous voulez mon avis ! ;)

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